Mots-clefs

, , , , ,

97827572

Tombé du ciel.
C’est l’éternelle histoire du type en train d’écrire l’histoire qu’on est en train de lire. Un titre, Mars aller-retour lui sert d’alibi pour se la couler douce et exciter la curiosité de ses proches. Mars, une destination, pas de moyen pour s’y rendre. Pas plus que d’envie. L’idée est brillante et en impose. Encore faut-il que le sujet s’impose ; et que le type en question saisisse à leur juste valeur les signes poétiques qui viennent à sa rencontre, les épisodes insolites du quotidien qui pourraient servir de déclic et de cocon douillet à un récit.
Tombé du ciel.
C’est un livre qui arrive de nulle part, au moment où il faut, qui utilise des mots que tu aurais écrits, qui a recours à un humour que tu partages, qui te raconte en diagonale. C’est quand la connivence se mue en une forme de miroir, ou d’unité. L’attachement qui résulte de cet écho dépasse alors toute objectivité. Il t’enferme dans un dévouement indulgent, de l’ordre du religieux.
Pierre Wazem n’en est pas à sa première autobiographie (autofiction ?). Promenade(s) et Presque Sarajevo ont déjà fait état de l’âme de l’auteur et épousé à leur tour une forme graphique plus incisive que le classicisme prattien découvert dans Bretagne et obligatoire pour la reprise des Scorpions du désert. C’était presque au siècle dernier. Le problème avec le genre autobiographique, c’est paradoxalement le quotidien. Il n’y a pas plus casse-gueule. Beaucoup se sont heurtés au vide de leur existence sans capacité à échapper d’une manière ou d’une autre (fond / forme) au désintérêt qu’elle pouvait susciter. Wazem, lui, est très habile pour escamoter le banal, trouver l’angle juste, provoquer le bon dialogue. Il réinterprète le récit de la vie réelle grâce à la rêverie, le fantasme, éléments moteurs et symboliques au fil scénaristique. Par exemple, la représentation de l’acte de création à travers le voyage est une très belle expression poétique. Et parfois, le feu d’artifice se produit. La scène de la dernière nuit sur Mars rejoint l’exubérance de certains films de Fellini, quand le rêve épouse le désir.
Plus que la qualité d’un trait sûr et alerte, ce qui frappe avec le style de Wazem, c’est la justesse des attitudes, la précision des détails (la manie génétique de se tenir les reins, le corps tendu vers l’avant). En trois coups de plume, les personnages peuvent exprimer tous les états possibles, et en particulier celui de l’aquoibonisme caustique, posture qu’incarne avec brio le « héros ».
Les plus connaisseurs des lecteurs noteront quelque allusion à quelque auteur suisse (ou deux). Wazem est un as de la déconne, un vanneur de vestiaire, et ça, comme on dit à Stade 2, c’est la cerise sur le gâteau.
Et dire que c’est la faute à un hérisson portant le dossard numéro seize !

Publicités