Mots-clefs

, , , ,

En hommage à Georges Pérec, dont on fête ces jours-ci l’anniversaire de la naissance et de la mort, petit exercice en anaphore qui aurait aussi bien pu s’intituler Des contingences du commerce de proximité.

J’ai perdu un client parce qu’il avait commandé des livres dont il ne voulait plus.

J’ai perdu un client parce que je ne lui ai pas fait de remise enseignant.

J’ai perdu un client parce qu’il a dû attendre son tour à la caisse.

J’ai perdu une cliente parce qu’elle m’avait fait reprendre des livres achetés un peu plus tôt pour la raison que son fils ne les méritaient plus.

J’ai perdu un client parce que son fils jouait avec Tintin dans la vitrine.

J’ai perdu un client parce que la librairie était fermée de treize à quatorze heures.

J’ai perdu un client autour de dix-neuf heures trente parce qu’il voulait encore d’autres conseils.

J’ai perdu un client parce que je m’entends bien avec un client avec qui il s’était engueulé.

J’ai perdu un client parce qu’au moment où il a demandé « j’aurais voulu… » en laissant un blanc, j’ai ajouté « être un artiste ».

Je perds des clients parce que je fais des blagues.

J’ai perdu une cliente parce qu’il y avait une femme à poil dans un livre que je lui avais conseillé pour son neveu de quinze ans.

J’ai perdu un client parce qu’il garait son automobile dans la rue piétonne, devant la librairie.

J’ai perdu un client parce que je ne lui ai pas fait la conversation trois visites de rang.

J’ai perdu un client qui est son ami dévoué.

J’ai perdu un client parce que son parapluie dégoulinait sur le tourniquet de cartes postales.

J’ai perdu des clients parce que je leur prêtais des livres.

J’ai perdu un client parce qu’on n’était pas d’accord sur la qualité d’un livre.

J’ai perdu une cliente parce que sa collégienne de fille a fait un stage d’une semaine dans la librairie.

J’ai perdu un client parce qu’il disait « voilà » à toutes les phrases. J’avais ajouté « du boudin » une fois.

J’ai perdu un client parce qu’il m’avait planté à l’époque où il était représentant d’une maison d’édition.

J’ai perdu un client parce que ses Tintin n’étaient pas de 1947.

J’ai perdu une cliente parce que j’avais couché avec elle.

J’en ai perdu une autre parce que je n’ai pas couché avec elle.

J’ai perdu une cliente parce qu’un de mes vendeurs a refusé de boire un verre avec elle après la fermeture.

J’ai perdu un client parce qu’il avait commandé un livre qu’il ne souhaitait pas acheter plein pot.

J’ai perdu un client parce qu’il était prof.

J’ai perdu un client parce qu’il écrasait les livres souples en bacs avec une pile de livres cartonnés.

J’ai perdu un client parce qu’il quittait par inadvertance la librairie avec un livre qu’il n’avait pas payé.

J’ai perdu un client parce que je l’ai engagé.

J’ai perdu un client qui s’est avéré être un prêtre pédophile.

J’ai perdu un client parce qu’il pensait me donner généreusement de l’argent alors qu’il s’achetait des livres.

J’ai perdu un client parce que le mail automatique d’alerte de réception de commande lui était parvenu en spam.

J’ai perdu un client parce que je n’ai pas accepté sa fille pour un stage d’une semaine.

J’ai perdu un client qui était au bar alors que ses enfants jouaient dans la librairie.

J’ai perdu un client d’un commerce avoisinant parce qu’il estimait que j’avais suffisamment de clients comme ça.

J’ai perdu un client qui reniflait, parce que je lui avais proposé un mouchoir.

J’ai perdu un client parce qu’il voulait deux dédicaces sinon rien.

J’ai perdu un client parce qu’il pensait être mon meilleur client.

J’ai perdu un client parce qu’il est mort.

Publicités