Mots-clefs

, , , ,

0_438310

Le temps est proche.

Derrière le postulat prophétique que martèle le titre, c’est l’objet-même d’une imminence qui prête à réflexion. La bible, à travers des versets partagés par différents apôtres s’en fait largement l’écho. Il peut y être question d’apocalypse comme de résurrection ; la sentence repose sur le fait que le changement, c’est maintenant.

Le temps est proche est la chronique du XIV°Siècle dans sa totalité. Un siècle de haine, de famine, de guerres et de peste. Le début d’une ère glaciaire. Mais aussi la fin d’une époque, un tremplin vers la Renaissance. Année par année, au gré d’histoires plus ou moins courtes, plus ou moins vraies, allant du gag à la nouvelle, Hittinger s’attache à faire état de la réalité politique des royaumes de France et d’Angleterre, divisés en seigneuries qui dépendent toujours des forces militaires dont elles peuvent faire les frais. Bien que l’humour et l’utilisation d’un langage moderne puissent donner l’illusion d’un décalage, la dimension historique de ce joli petit livre à l’aspect suranné n’échappera à personne. Il y a certes un côté très ludique, qui tient d’ailleurs beaucoup de la contrainte d’un récit-éphéméride, mais l’auteur s’empare habilement de l’exercice de style pour donner du rythme à la succession des récits. Les séquences les plus longues sont très réussies, cyniques à souhait. Parfois, il y a recours à des « trucs », une histoire se déroulant sous forme de strip ou de planche sur plusieurs années. D’autres fois, une autre histoire peut apparaître de manière subliminale…

C’est un livre qui se prête à être ouvert, fermé, posé, repris, rouvert au hasard. Il peut accompagner un voyage ou une séance aux cabinets. Je ne crois pas qu’il se donne tout entier tout de suite. Comme toujours avec les bons livres. Ici, les visages humains côtoient les silhouettes animalières, et la grenouille de Roger Glover peut sans problème venir pousser la chansonnette chez la commerçante et lui bramer Love is all dans les esgourdes. C’est la liberté d’Hittinger de trafiquer ce qu’il veut ; c’est sa vision d’un certain siècle qui est proposée. À nous d’en faire ce qu’on veut une fois le livre entre les mains. Il n’y a pas de prise d’otage, pas de suspense, ni d’attachement. Des faits sont empilés de manière précise et avec beaucoup de finesse, la même qui épouse le trait, jusque dans les détails. Anecdotique, allégorique, à nous de décider.

Publicités