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L’homme de Beja est romantique.

La nuit, il se pare de noir et descend hanter les corridors des cités. Bouc affamé de désir, ombre capée sous les réverbères, une silhouette d’étiquette de Porto. Plus que l’amour, c’est l’idée d’amour qui le tient éveillé. Personne ne le saura. Personne.
Trapéziste dans l’atelier de Chagall, il y a toujours un bout de son âme qui s’envole au creux des deux hommes de sa vie. Un bout de pain, des olives et du vin. Au loin, la courbe des premières collines. Va t-il retrouver son aimée, ou plutôt dorloter sa dépouille ?
Quand il ne sort pas il se dit des histoires. Auprès d’un cafard ou dans une tranchée. La complainte du pendu. Il noircit du papier quelques heures ou moins, il a du mal à aimer ses dessins. Il doit se prouver qu’il est digne des desseins qu’il a imaginés. Il doit faire ça d’abord. Il ressort.

L’homme de Beja éclaircit ses lignes lorsque le jour succède à l’obscurité. La nuit a avalé ses traits et c’est dans l’idée qu’il est homme qu’il réussit à rester vivant. Doué de mémoire, de nostalgie. Robuste et friable comme une branche de tamaris. Volontaire sans détermination. Ombre parmi les ombres. Vaille que vaille il poursuit le chemin qu’il croit bon, il écarte les branches des buissons, sans s’emmêler, sans se mêler. Il prend à témoin son regard et ses mains et laisse ses sens le conduire à l’essence de son intention. Il arrache sa chemise et soumet son torse à un destin acéré.

L’homme de Beja est un brave.

 http://www.pastis.org/jade/2013-01-07/amour_infini.htm

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