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Avant c’était bien.

Avant on regardait les vagues tremper les filles et les filles secouer leurs cheveux entre deux vagues.

Avant il y avait les murs bleu et rouge de la ville et ses arcades désertes dans l’ombre salvatrice du midi.

Avant je t’admirais, Fabio, et ce seul sentiment suffisait à ma joie, quand tu te tenais droit et fier, une cigarette plantée entre les lèvres, et que les billes de tes yeux fixaient l’horizon avec un air de bravade.

Avant j’imaginais ce qu’on serait toi et moi, les quatre cents coups qu’on ferait, les tranches qu’on se paierait.

Mais avant, tu as fini par partir, et puis tu es revenu et je ne t’ai pas reconnu, alors tu es reparti, tu t’es estompé comme une silhouette outremer derrière les vapeurs écarlates d’un paquebot qui s’éloigne vers le jaune de l’infini.

Pourtant, la couleur que tu avais choisi était le noir. Noir de la chemise, noir de la pensée. Bien que je ne sois pas certain que tu aies jamais vraiment pensé, l’urgence t’en empêchait. J’ai prié pour que tu disparaisses. J’ai voulu te tuer.

Le temps qui passe apaise nos rancœurs, il les rend dérisoires. L’amour d’avant efface les distorsions nées des décisions impulsives, même s’il faut bien dix ans pour en panser les plaies. Pour moi, tu es resté le gosse qui pleurait en cachette dans le poulailler. C’est celui-là que je suis venu chercher.

Je sais bien que je ne pourrai pas te faire asseoir de force dans mon (notre) misérable pot de yaourt. Je sais qu’il me faudra de la patience, biaiser et avancer prudemment mes cartes. Je sais qu’à l’issue d’un nouveau combat perdu, tu ne seras pas d’humeur à goûter la surprise de ma présence. Là, juste devant toi.

Nous aurons beaucoup de route à parcourir, deux pays à traverser, des montagnes à franchir et des fous à renvoyer dans la diagonale des cordes. Nous aurons le silence. Le silence et le soleil de juillet qui fait scintiller les feuilles des orangers colorés des fruits vers lesquels tu iras te jeter, comme pour mieux savourer ton retour au pays. Tout le monde sait que les oranges ne mûrissent pas plus en été que les chiens sont doués de parole, et alors ? Même illusoire, j’aimerai ta célébration de frère prodigue.

Tu comprendras que je ne puisse tout te dire tout de suite. Il faut du temps quand le temps qui nous a séparés a duré si longtemps. Les mots ne sortent pas aussi facilement. Nous devrons nous apprivoiser à nouveau, nous battre certainement, ressentir physiquement nos retrouvailles. Mais tu sauras tout ce que tu as manqué, tu connaîtras ceux à qui tu as manqué. Tu renaîtras dans la douleur, mais les larmes qui inonderont ton visage seront des larmes de joie.

Nous avons toute la vie devant nous, cette vie qui s’apprête à quitter des êtres chers mais qui nous promet des lendemains avec aussi peu de nuage que dans les cieux qui accompagneront notre périple. Nous avons la vie et plus aucun labyrinthe de linge étendu sur des fils distendus n’emprisonnera l’amour que nous avons l’un pour l’autre.

Tu m’as tellement manqué.

C’est bien que tu sois de retour.

Comme avant.

Come prima.

 

Giovanni

 

 

 

 

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