Page 67

Case 1

Extérieur jour. Donnant sous un ciel capricieux d’automne, vent fort. Des nuages chargés succèdent à de brèves éclaircies dans une lumière changeante. Plan depuis la plage, où il n’y a âme qui vive. Des rouleaux majestueux s’abattent sur la rive avec fracas.

Case 2

Zoom sur les rochers côté nord. On aperçoit en contre-plongée les silhouettes de Ninie et Mehdi ainsi qu’une série de chevalets dressés face à la mer.

Case 3

Contrechamp en plongée. Ils ont pris position sur une portion plate de la falaise qui leur a permis d’installer sans trop de problème un atelier de fortune. Ninie a adopté la posture classique du peintre, palette dans la main gauche, pinceau et brosse dans la main droite. Ses cheveux sont retenus par un bonnet marin et elle porte une blouse à grandes poches. Mehdi, vêtu d’un gros pull en laine, veille à l’équilibre des chevalets, dont les bases ont été clouées sur des planches elles-mêmes lestées avec de grosses pierres.

Case 4

Un chevalet tombe. Le bruit produit apparaît en incrustation (sans bulle ni cartouche) : PLAF !

Une bulle dont la pointe est dirigée hors champ :

– Ah, merde !

Case 5

Mehdi va relever le chevalet, dont le châssis est restée solidaire. Ninie le regarde faire en disant :

– Rien de grave, Mémé. Surtout ne t’énerve pas, ça ne nous avancera à rien.

Lui :

– C’est infernal. Pas moyen de faire tenir ces trucs.

En bas de case (sans bulle ni cartouche) : PLAF !

Case 6

Un autre chevalet a chu et le vent l’a poussé jusqu’au bord du précipice. Une bulle :

– Bon sang, on ne va pas s’en sortir !

Case 7

Plan de l’« atelier » dont les chevalets posés côte à côte forment un arc de cercle, Ninie se tenant dans son intérieur. Mehdi repositionne le chevalet et Ninie constate, rieuse :

– Mazette ! J’ai bien fait d’attacher les châssis aux chevalets. Tu imagines la tête du prince si quelqu’un repêchait un jour un autre exemplaire de Tempête ?!

Mehdi, excédé :

– Tempête, c’est bien le mot… Moi, ça ne me fait pas rire… Quel besoin avais-tu d’acheter tout ça ?

 

Page 68

Case 1

Plan rapproché sur le couple. Ninie a remisé ses pinceaux dans une poche de la blouse et caresse le visage de Mehdi en lui expliquant :

– C’est comme ça que Monet procédait et il avait raison. Tu ne vois pas comme le ciel est changeant, la lumière différente d’une minute à l’autre ? Travailler sur plusieurs toiles à la fois me permettra de faire des choix plus tard. Allez, sois patient, mon petit Poly à moi !

Encore une fois, en bas de case : PLAF ! PLAF ! PLAF !

Case 2

Trois chevalets ont été mis à terre par une nouvelle rafale de vent.

Case 3

Mehdi renonce à les ramasser et reste assis sur un rocher. Il regarde d’un air dégoûté les chevalets tombés au sol avec les toiles dont le fond blanc est à peine taché de quelques notes de couleur. Ninie pose sa palette et reconnaît :

– D’accord, tu as raison. Rentrons, on reprendra demain.

Case 4

Cartouche (fond coloré) :

Jour après jour, les séances de travail se succèdent.

Plan de Ninie à hauteur de poitrine depuis le dos d’un chevalet. Au-dessus d’elle, la lande et un ciel est complètement dégagé dans la lumière du matin. Elle a les cheveux attachés et une blouse de couleur différente.

Case 5

Contrechamp dans un plan plus large. Elle se tient de dos devant une toile, les autres chevalets alignés en arc de cercle. Elle ne porte cette fois pas de blouse mais une vareuse de couleur bordeaux. À l’horizon, le soleil ne va pas tarder à se coucher et les quelques nuages sont roses et violets. Mehdi, vêtu d’un caban de la marine est assis sur une pierre.

Case 6

Ciel gris et plombé. Vue depuis la dune centrale qui partage la plage en deux. On devine l’« atelier » au loin en haut de la falaise, Mehdi toujours assis au même endroit et Ninie toujours studieuse devant l’une des toiles.

Case 7

Mi-journée mi-éclairée par un soleil faisant quelques vagues apparitions entre deux nuages d’un ciel de traîne. Le vent est plutôt capricieux. Ninie, qui a retrouvé la blouse du premier jour et s’est coiffée d’un béret, jette sa palette par terre en s’exclamant :

– Non ! Ça ne va pas !

 

Page 69

Case 1

Elle s’est assise au bord d’un rocher, les mains coincées entre les cuisses, le regard absent. Mehdi, vêtu comme un bûcheron canadien, est accroupi devant elle, les mains posées sur ses genoux, et demande :

– Qu’est-ce qui t’arrive ?

Elle :

– Ça ne va pas, ce n’est pas ça, je fais de la merde, c’est tout !

Case 2

Gros plan du visage de Mehdi, plus rassurant que jamais :

– Tu rigoles ? Moi, ça m’épate ce que tu fais. On dirait les livres que tu m’as montrés !

Case 3

Contrechamp. Elle a un sourire triste et dit :

– Tu es gentil… Mais non, ça ne vaut rien… Il n’y a pas d’âme, rien ne ressort… J’ai besoin de fumer… Tu as des cigarettes ?

Case 4

Plan sur le couple de profil dans la même posture. Derrière, on voit la maison blanche du bout de plage côté Kervilahouen et tout au bout le grand phare. Lui :

– Ninie, Ninie… Je ne viens pas de me mettre à fumer il y a cinq minutes…

Elle :

– Oui, je suis sotte… Écoute, je crois que j’ai laissé un paquet dans la boîte à gants de la Méhari…

Lui :

– Ok, j’ai compris, je vais jeter un œil.

Case 5

Contre-plongée. Mehdi descend vers la plage par un chemin à travers les rochers, bras écartés afin de rester en équilibre.

Case 6

Même plan. Il se trouve au même endroit du chemin, mais de dos, et se hisse difficilement le long de la paroi.

Case 7

Même plan que case 3. Elle tient une cigarette allumée entre deux doigts et lâche :

– C’était une connerie.

 

Page 70

Case 1

Mehdi se tient devant l’exposition de tableaux et lui rétorque :

– Quoi ? Cet engagement insensé ? Je suis bien d’accord avec toi !

Case 2

Ninie en pied, la main tenant la cigarette près de sa bouche et le doigt de l’autre main pointant son cerveau. Elle regarde la plage en contrebas et raconte :

– Banane ! C’est ce côté-ci de la plage, je ne l’ai pas gravé là.

Case 3

Du point de vue de Ninie : l’ensemble de la plage de Donnant tel qu’il aurait dû être peint, sauf qu’il n’y a pas de tempête et que c’est marée basse. Elle poursuit :

– Tu sais, une partie de mon enfance, c’est en face que je l’ai passée. Ici, c’est le côté Sauzon, c’est un peu l’étranger. On n’y mettait jamais les pieds. On se postait en haut de la dune et on tirait la langue aux autres gamins, des enfants de bourgeois avec leurs pique-niques monstrueux et leurs parasols bicolores. On les détestait… La dune, c’était la ligne de démarcation. Plutôt que de la franchir, on préférait encore faire les cons dans les étrons et papiers gras des bunkers. Et à la baignade, les plus grands faisaient couler les Sauzonnais entre deux rouleaux, quand les parents ne pouvaient plus voir.

Case 4

Même plan que case 2. Elle a tourné la tête vers l’endroit où elle devine se trouver Mehdi, jette le filtre de sa cigarette dans une poche de sa blouse qu’elle tient écartée avec l’autre main et conclut :

– Je ne sais pas… Je ne le sens pas… C’est bête, parce que c’est de cette place qu’on peut obtenir la meilleure vue panoramique.

Case 5

Mehdi s’est approché d’elle. Ils sont face à face devant la lande et le ciel. Il dit :

– Il n’y a peut-être aucun rapport, mais tous les croquis que j’ai vus, en tout cas la majorité de ceux que j’ai pu voir, c’est d’en face que tu les as réalisés. De là à conclure à un signe…

Elle :

– Tu crois qu’on devrait essayer de l’autre côté ?

Case 6

Même plan. Lui :

– C’est toi qui vois.

Elle :

– C’est toi qui portes.

Case 7

Même plan que case 3, sauf qu’ils sont dans le champ au milieu de la plage, lui chargé comme un âne ou Poly, elle un chevalet sous chaque bras. Ils ont laissé des traces de pas dans le sable mouillé.

 

Publicités