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Du coup il est bien, le dernier Marielle ?

De quel coup ?

– ?

Non, mais tu ne peux pas t’empêcher d’employer « du coup » dans chacune de tes phrases. Chez toi ça dépasse la notion de tic de langage ; c’est même plus une locution, c’est devenu dans ta bouche une interjection !

Ouais bon, ça va, quoi ! Je voulais juste savoir si il était bien le dernier film avec Jean-Pierre Marielle, c’est bon…

Le Teckel ? Mais ce n’est pas un film, c’est une bande dessinée !

Ouais, une BD, c’est ça. Mais elle est bien, au moins ?

Enfin, avant de figurer dans un livre, les pages du Teckel ont été publiées sur internet, au sein de la revue numérique Professeur Cyclope. Il aura fallu attendre plus d’un an avant d’avoir le plaisir de palper du papier, une éternité…

Ah bon. Parce qu’il y a des BD, sur internet ?

Oui, la manière moderne et économique d’éditer des fanzines ou des magazines, c’est de les publier directement sur la toile.

Pff, la toile, oh oh oh ! Plus personne dit ça, oh l’autre !

Hum, en tout cas ça coûte moins cher en imprimeur et en transport.

Ouais, peut-être, mais au final il faut être au jus du truc.

C’est sûrement pour cette raison de manque de visibilité ou de notoriété sur internet de bandes très réussies telles que Le Teckel qu’Arte et Casterman se sont associés pour éditer des livres labellisés Professeur Cyclope.

Et tu me dis que du c…, euh, que donc elle est bien, cette BD avec Marielle ?

L’auteur s’est inspiré de l’acteur sans s’en cacher puisqu’il le crédite dans ses remerciements. Il faut imaginer le personnage des Galettes de Pont-Aven reconverti en visiteur médical, c’est-à-dire dans la représentation pharmaceutique (ce qui ne le change pas beaucoup des parapluies si l’on y pense), épousant l’allure blasée des hommes à qui personne ne peut plus la faire.

En plus il a un sacré look.

Une garde-robe 1975, on peut le dire. Pattes d’éph et veste cintrée, cravate aux motifs papier peint assortie aux chaussettes et manteau de fourrure, c’est comme s’il sortait de Starsky & Hutch !

Ah, dis donc, quand il fronce les sourcils, il fait encore plus Marielle que Marielle !

Et dans le discours et la distance élégante aussi. Sauf quand il a bu, bien sûr… Il fait équipe malgré lui avec un jeune aux dents longues des laboratoires Duprat. C’est la panade à bord à cause d’un scandale lié à un médicament suspect commercialisé par la société et qui aurait causé la mort de malades sous traitement.

Ah, comme le truc, là, le chose… Le Survivor, c’est ça !

Oui, le Me-dia-tor. Il y a donc un gros boulot sur le terrain pour regagner en crédibilité. Guy Farkas (Marielle) est à deux doigts de la retraite. Jérémy Labionda est chargé par Monsieur Merchon (le chef) de surveiller Farkas qui, malgré son départ imminent, est dans le collimateur de la direction, et de dresser un rapport quotidien de leur tournée des médecins. Malgré les efforts du jeunot pour se rendre sympathique, les relations avec l’ancien s’avèrent plus que compliquées.

Ça me paraît bien, ce truc, tu peux me le prêter ?

Non, je ne prête pas mes livres, mais je te confirme que c’est très bien. L’auteur a choisi la bichromie pour la mise en couleurs et cela sied parfaitement à l’ambiance surannée du récit. Les dialogues sont drôles et bien troussés et le style caricatural du dessin convient parfaitement à la comédie qui se joue.

Tu crains vraiment, je vais pas le manger, ton bouquin !

C’est pas la question. Je ne prête pas mes livres, un point c’est tout.

Ah, d’accord, t’es comme ça, toi…

Au final, c’est ça, du coup, en fait : voilà.

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