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Nous sommes tous des Daniel Brodin.

Nous cherchons à donner du sens à nos vies et la vie n’existe que pour servir de théâtre à nos talents. Nous sommes de grands artistes qui ne nous ignorons pas et l’écriture est une activité qui nous procure d’énormes érections.

Mais écrire ne rime à rien si personne ne peut avoir le privilège de nous lire. Ce dont nous avons besoin, c’est de public et de pouvoir être publiés. Et de la possibilité d’être aimés pour ce que nous inspirons ; le public lui aussi a besoin de nous.

Qu’importe si nous n’avons pas créé les textes que nous déclamons, au moins les avons-nous traduits et interprétés. Nous ne devons pas nous méprendre, ni les uns ni les autres ; vous pour avoir placé en nous des espoirs incongrus, démesurés, qui ne correspondent en rien à nos humeurs et sensations artistiques ; nous car nous conchions la satisfaction nombriliste d’un milieu littéraire étranger à notre art, l’art primal, l’art ultime, celui façonné par nos gestes, nos désirs et nos pensées, celui imprégné du décor que l’on hante ici et maintenant. Seule la victoire est belle. La reconnaissance de notre superbe. La désinvolture d’un groupe qu’aurait pu mettre en boîte quelque réalisateur de cinéma iconoclaste et généreux.

Paris est le plus vaste, le plus arrogant et le plus outrancier des partenaires. Comme dans un film noir indépendant des années cinquante, nous en arpentons les ruelles dans le clair-obscur des crépuscules de novembre, quand on s’apprête à remettre des prix littéraires que jamais nous ne recevrons, que nous refusons de recevoir à jamais. Paris regorge de librairies, de bistrots, de réceptions et appartements opulents qui sont autant de libre-service dont nous pouvons disposer à notre guise. Paris est le monde et le monde nous appartient, nous sommes des artistes.

Nous n’avons pas demandé à vivre, la vie elle-même reste une vaste imposture, et si nous devons exister envers et contre tout, gardons à l’esprit et au corps le désir d’être quelqu’un ou, à défaut, le plaisir de n’être rien, puisque, quoi que nous fassions, ce qui en résultera fera forcément un chef-d’œuvre.

 

 

 

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